Vendredi
9h - Je contemple les boutons-fleurs de Hussein Bazza (collection printemps/été 2026). Obtenir une telle délicatesse est rare. En mode, le détail bascule vite dans le gadget, et la poésie, mal inspirée, devient grinçante. Ici, savoir-faire, inspiration et subtilité s'alignent. Il en résulte un instant de grâce, dont la rareté fait la valeur.
10h30 - J'aperçois une toque ici, puis une autre là, puis encore une. À moins qu'une marque n'ait décidé d'inonder la fashion sphère de ses chapeaux ronds (Sézane, es-tu là ?), il semble que nous soyons en train d'assister à la naissance d'une tendance. J'essaie de rassembler les images qui me viennent à l'esprit face à l'éclosion de ce “nouvel” accessoire. Je pense immédiatement à Anna Karénine, aux héroïnes de Tchekhov. Je me souviens aussi de la toque en astrakan qui dormait dans l'armoire de la chambre de mon grand-père. À l'époque, je ne savais pas ce qu'était l'astrakan. Si j'avais su, je me serais sans doute abstenue de la caresser aussi souvent.
La toque est l'exact opposé du “cool”. Et c'est précisément ce qui en fait, à mes yeux, l'accessoire le plus intéressant du moment. Son ADN est tellement marqué que l'introduire dans des silhouettes à l'opposé de son élégance traditionnelle promet de réjouissantes collisions stylistiques.
15h - Rien ne me met plus mal à l'aise qu'un show Rick Owens. Toujours l'impression que les démons de l'enfer ont investi les rues de Paris. Impossible de me concentrer sur les vêtements, pourtant impeccablement coupés. Soudain, le besoin de brûler de la sauge et d'entourer mon ordinateur de tresses d'ail devient obsédant.
Samedi
5h - Brossage de langue, bain de bouche à l'huile de coco, respiration, visualisation, pompes. Les gestes défilent derrière mes paupières encore fermées. J'ouvre les yeux. Je regarde le réveil. Calcul rapide : zapper la routine, c'est trente minutes de sommeil en plus. J'hésite. Chaque matin, le même choix cornélien : me lever ou rester encore un peu contre Julien.
9h50 - Chez Dries Van Noten, j'aime que Julian Klausner ne me pousse pas à acheter, mais à réinventer ce que je possède déjà : tricoter un col en laine pour mon caban bleu marine, tester un nouage d'écharpe insolite...
13h10 - Deux kilos d'os, du céleri, des clous de girofle, de l'ail, des oignons… mon bouillon d'os maison est presque prêt. J'ai ajusté les dosages et réduit l'eau. Une fois froid, il se gélifie complètement, preuve qu'il est riche en collagène. Exactement ce que je voulais.
16h - Nous marchons penchés à quarante-cinq degrés sur la plage, tant le vent est fort. La pluie s'abat violemment. Je regrette un instant d'avoir emmené mon fils affronter la tempête Ingrid. Le retour est éprouvant. Puis, soudain, un immense arc-en-ciel s'étire au ras de l'eau déchaînée. Un autre surgit sur la falaise. Puis encore un, lorsque nous reprenons la voiture. Et un dernier, sur la route du retour. L'intensité de notre joie n'a d'équivalent que l'état dans lequel nous sommes : trempés jusqu'aux os.
Dimanche
9h30 - Les copains de Charles dorment encore. Les restes de leur orgie sucrée d'hier soir traînent dans la cuisine, dont un paquet d'Oreo amené par l'un des invités. Je n'achète jamais d'Oreos : ils me rappellent trop mes six mois à Philadelphie. J'avais 23 ans, et j'étais alors en pleine période de boulimie post-anorexie. Les Oreos, je les gobais comme des Smarties. J'en mange deux. Impression d'avoir l'usine de Willy Wonka dans la bouche. C'est à la fois addictif et écœurant. Je jette le paquet. Je sais qu'à 22h30, le souvenir exact de ce goût chocolaté réduira ma volonté à néant.
10h - La maison tressaille sous les bourrasques. Entre les collines, le creux de l'océan (d'ordinaire si calme) se remplit de vagues qui me donnent envie de construire une arche.
15h - Sur le fil Instagram d'une amie, une fille porte un masque à LED dans le train. Après les patchs sous les yeux portés en public, on passe clairement à l'étape supérieure. Prendre soin de soi, très bien. Mais lorsque ce soin se place littéralement entre soi et les autres, je le perçois comme une barrière profondément nombriliste. Je comprends l'argument du gain de temps. C'est la même logique que le téléphone : autrefois impensable à table, aujourd'hui dégainé sans gêne au milieu du dîner. La politesse est devenue un concept à géométrie variable, ajusté aux besoins du moment. Ce glissement me glace. D'autant plus que je sais à quel point je pourrais, moi aussi, y céder.
17h - J'apprends que Carine Roitfeld s'est faite baptiser.
22h - Les gros pompons rouges sur mes chaussons grecs me mettent en joie.
Lundi
10h - Je me demande si la chambre tournante imaginée par les équipes de Miu Miu pour la nouvelle campagne de la griffe se loue sur Airbnb.
12h45 - Le dessert Esoteric Bananas du Hífen (amande, mousse au chocolat blanc, granola Delli.Grain, caramel salé, fruits de la passion, cannelle et crème fouettée au moscatel) pourrait bien redéfinir à lui seul la notion de plaisir terrestre.
16h - Dior… Dior… Les images affluent dans tous les sens. Gros plans sur les détails. Apparition de John Galliano. Bonheur de le voir chez Dior après tant d'années. Débauche de coupes, toujours plus élaborées. Jonathan Anderson s'amuse tel un enfant prodige, avec audace, excellence et joie. Tout est fou. Mais au milieu des robes de bal, c'est ce manteau drapé (dont l'ampleur sublime, à mes yeux, les codes de la maison) qui me fait chavirer. Et confirme mon amour pour le nouveau DA.
18h50 - Et si Daniel Roseberry (Schiaparelli) était la réincarnation d'Alexander McQueen ? Les dates démentent cette hypothèse. Mon ressenti, beaucoup moins.
Mardi
5h30 - Je roule, j'enduis de barbotine et je colle la 234e petite tentacule qui constituera le pelage de ma sculpture en cours. Je croise son regard. Espiègle, un peu triste. Elle existe déjà. Peu à peu, elle me raconte son histoire.
10h - Je réceptionne un colis DHL. J'ai hâte de découvrir la paire de mules à l'intérieur. J'ouvre la boîte et, soudain, un nuage de parfum capiteux s'en échappe. Quelle est donc cette manie de noyer les colis sous une fragrance “maison”, le plus souvent douteuse, ou à tout le moins entêtante ? Le choix d'un parfum est éminemment personnel. Il y a une chance sur trente pour que cette proposition olfactive améliore l'expérience client. Une chance sur trois mille dans mon cas.
12h - Payer une amende pour excès de vitesse n'aura jamais été aussi compliqué. J'en suis à mon troisième commissariat...
15h20 - Plus que les créations de Matthieu Blazy, c'est son casting qui me touche chez Chanel. Je compte cinq mannequins de plus de 40 ans (voir ici et là).
Mercredi
5h10 - Je presse un citron dans notre cuisine immaculée. Julien n'offre pas de fleurs, il est catastrophique pour les anniversaires, mais chaque soir, il nettoie la cuisine de fond en comble.
19h - Je pédale devant l'épisode 6 de la saison 4 de Sex and the City. Je le connais par cœur. Tout me réjouit : la vie new-yorkaise, les looks imparfaits, le politiquement incorrect joyeusement assumé. Je cherche un équivalent aujourd'hui. Le seul qui me vient, c'est Emily in Paris. À ceci près que la série est un Sex and the City sous camisole chimique : une publicité ambulante saturée de placements produits (moi qui adorais Patricia Field, je n'ai même pas envie de connaître le nom de la styliste de cette série). J'accélère. Je m'attarde sur l'usure de la robe de Carrie. Une pièce à l'exact opposé des ensembles griffés de Lily Collins, à peine sortis de leurs cartons.
Jeudi
8h - J'enfile la veste en maille et daim trouvée en soldes chez Massimo Dutti Homme. Je n'avais pas prévu d'acheter quoi que ce soit pour moi ce jour-là, mais impossible de résister à ce mix de matières délicieusement seventies. Un peu trop grande, mais douillette à souhait, elle existait déjà dans mon esprit depuis longtemps. La voilà enfin. Une fois lovée à l'intérieur, j'ai l'impression d'être Starsky. Et cette idée me plaît beaucoup.
13h - Coup de fil à Charleston, où vit l'une de mes meilleures amies. Créatrice de lingerie, elle me parle du développement de ses prochaines pièces, du salon new-yorkais qui approche, des couleurs qu'elle teste pour ses ensembles d'été, d'un fournisseur de tissus à la gamme de teintes vertigineuse, des contraintes de production. Je bois chacune de ses paroles.
15h - Alors que le monde entier raille l'âge des compagnes de Leonardo DiCaprio, pour ma part, ce sont les amoureuses clonées de Vincent Cassel qui me perturbent.
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