Laura Vidrequin : "Porter souvent les mêmes pièces, mais les styliser différemment"
Singulière et naturellement élégante, Laura Vidrequin possède ce petit truc en plus qui rend ses tenues immédiatement reconnaissables. Elle maîtrise l'art de l'association audacieuse avec une aisance évidente et développe une nonchalance subtilement féminine au fil de ses looks. D'où mon envie de lui poser quelques questions sur son rapport au vêtement.

Ex æquo entre un pull fin en laine ou cachemire, souvent col rond. Ou un sweatshirt vintage, gris, molletonné. Ou encore un 501 vintage déniché chez Brococo. Ce sont des pièces dites « doudou » que je porte en permanence. Je peux les superposer, les mettre sur les épaules, autour du cou, réchauffer mes enfants avec, voyager ou même les mettre en boule dans un sac. Entre le boulot, la vie de parent, les voyages et les meetings, je m'en sers comme d'un vêtement-armure : doux, chargé d'émotions et pratique à la fois.
Je les mets avec des pantalons habillés, un jogging pour le drop-off ou le sport. Je les associe à des colliers de perles l'été (ou même l'hiver quand la pluie est trop morose). Le soir, avec des bijoux plus scintillants, et évidemment tous les jours avec un jean et un t-shirt blanc.
As-tu un souvenir d'enfance lié à l'habillement qui influence encore ta manière de t'habiller aujourd'hui ?
Les vêtements amples, colorés et fonctionnels que portaient mes parents. J'ai grandi avec des parents évoluant tous les deux dans des industries créatives, et l'expression des humeurs, des envies et même des émotions passait par le vêtement.
Chemises à carreaux Ralph Lauren, pulls en coton ikat, shorts taille haute pour marcher en montagne, jeans 501, santiags, t-shirts Mickey, grosses vestes shearling ou casquettes tout droit chinées à LA. Mes parents inspirent beaucoup la façon dont je m'habille. Encore aujourd'hui, je dois mon obsession du velours côtelé à mon père, et des chaussures plates de ville à ma maman.
Quel rôle le vêtement joue-t-il sur ton humeur du jour ?
J'ai besoin de pièces qui m'accompagnent du matin au soir sans avoir à y penser. Je recherche un effet feel good immédiat. Même avec un jogging et un pull col rond, un accessoire coloré peut redonner un coup d'éclat au look, ou un grand manteau noir masquer des bottes de pluie sales. J'ai besoin de trouver ce « truc en plus » qui va me ravir tout au long de la journée. Ça peut être aussi simple qu'un t-shirt blanc manches courtes bien coupé. Et on sait tous que ce n'est pas facile à trouver !
Quand tu composes un look, qu'est-ce qui compte en premier ?
L'aspect émotionnel du moment, puis le déroulement de ma journée. Mes tenues sont assez en accord avec mon programme, je n'ai pas vraiment le choix : boulot sur un gros projet, seule ou en calls, meetings, session de sport entre deux rendez-vous, ou journée avec les enfants… Je choisis une tenue en fonction de ce que je vais faire.
Je dois aussi m'habiller en fonction du temps : Londres peut être une ville très pluvieuse et je n'aime pas avoir froid. Adepte des bottes de pluie et du raincoat depuis que j'habite ici.
Je commence aussi par la pièce que j'ai envie de porter : pantalon fluide, veste à franges, une paire de chaussures qui me fait envie. C'est souvent autour d'un vêtement que je construis le reste.

Le confort est indispensable, surtout pour les pantalons, les chaussures et les manteaux. Je trouve ça trop triste de s'habiller pour être figé. Même le black tie ou les vêtements de soirée doivent laisser le corps et l'esprit libres. Ça se voit, ça se ressent lorsqu'un vêtement n'est pas « fait pour soi ». Néanmoins, je suis assez sensible au style, et pour moi il s'exprime par le confort : les deux vont donc de pair.
Penses-tu au regard des autres en t'habillant ?
Non. Je me concentre sur la cohérence du look plus que sur son impact sur les autres. Heureusement d'ailleurs, car cela me bloquerait dans un exercice créatif essentiel à mon quotidien et à mon travail.
Après, je pense que mon regard sur moi-même suffit largement, haha.
As-tu toujours eu ce style ou s'est-il construit par phases ?
Un style évolue toujours. Enfant, j'étais hyper garçon manqué, mais très féminine pour autant. J'avais un uniforme à l'école, bleu marine et blanc, avec une blouse. Et j'en suis très heureuse, car le fait d'avoir porté un uniforme ne m'a jamais empêchée, aujourd'hui, d'exprimer mes humeurs à travers mes vêtements.
Comment définirais-tu ton style aujourd'hui ?
« Throw on and go » est le terme qui me vient immédiatement. Définir un style est toujours un exercice délicat, puisqu'il est en mouvement permanent. Je vis à mille à l'heure : mes vêtements doivent suivre ce rythme, être efficaces, résistants, et travailler presque aussi dur que moi, au point de passer régulièrement chez le teinturier…
T'inspires-tu de choses extérieures à la mode ?
Oui : de l'architecture pour les lignes, du cinéma pour les attitudes et les combinaisons de style, et de la décoration d'intérieur. J'aime beaucoup voyager, et observer ailleurs les associations de couleurs et de textures est pour moi un vrai moment de plaisir et de relaxation.
Y a-t-il une personne qui influence ta manière de t'habiller ou ta philosophie vestimentaire ?
Je m'inspire davantage des silhouettes que des personnes : une femme dans un manteau long, un pantalon bien coupé, des chaussures plates. Je n'ai pas de genre précis dans ce qui m'inspire et m'émeut. J'aime beaucoup l'héritage du vestiaire sportif et masculin des années 60 et 70, les images de sport vintage, et celles de femmes en tenue de soirée dans les années 70 et 80, en chaussures plates.
Je m'inspire toujours beaucoup de mes parents. Ils s'habillent pour vivre pleinement leurs journées, mais toujours avec un détail « heureux », « coloré », « sympa », comme un début de conversation avec le monde extérieur : une écharpe, un foulard, une paire de lunettes de vue rondes et colorées, un pantalon en velours safran.

Les deux sont liés. Quand l'un prime sur l'autre, je vérifie que l'autre levier soit aussi pertinent. J'achète souvent le même genre de produits - ou ce qui pourrait être perçu comme tel - mais en réalité il y a toujours un détail différent. Je suis obsédée par le produit et le détail : un t-shirt col rond ne veut rien dire. Est-il plat ou à surpiqûres, quelle largeur de col, etc.
J'ai longtemps acheté pour des retailers, online ou pour des magasins physiques. J'ai aussi été chef de produit pour la maille, et cela m'a appris à être réfléchie tout en laissant mon aspect créatif faire primer l'émotion.
Est-ce que le fait d'être une égérie street style a changé quelque chose dans ta manière de te vêtir ?
Ah merci ! Trop sympa comme question. Je ne pense pas être une égérie street style, plutôt l'égérie de ma propre narration, haha. Oui, ça m'a appris à assumer la répétition : porter souvent les mêmes pièces, mais les styliser différemment. C'est fondamental de savoir réutiliser les pièces que l'on aime.
Achètes-tu un vêtement en fonction de ceux que tu possèdes déjà ?
J'essaie, mais j'ai du mal. Mes pièces favorites - par exemple un pull gris col rond - peuvent être déclinées sous différentes formes. Et je reviens souvent vers ce que j'aime, donc vers ce que j'ai déjà. Je crois que c'est aussi ça, la construction de son propre style : répéter les vêtements dans lesquels on se sent bien.
Quel est ton rapport à ton image aujourd'hui ?
Je n'y pense pas trop.
Quel conseil vestimentaire donnerais-tu à une adolescente aujourd'hui ?
Apprends à aimer ton corps, ton regard, tes mouvements de mains quand tu t'exprimes sur un sujet qui t'anime. Apprends à comprendre ce qui te va bien et pourquoi. Sois ta critique la plus douce et ta plus grande fan. Investis dans de bons basiques : un jean droit, un pull de qualité, une paire de chaussures plates. Et ne t'oublie jamais.
Aurais-tu un conseil pour aborder le vintage sans tomber dans le déguisement ?
Choisir une pièce forte - un trench, un blazer, un sac… - et l'associer à des vêtements très contemporains.
As-tu un souvenir fort et précis lié à un vêtement ?
Le pull Mickey de ma maman, associé à son parfum Shalimar et à un set de bracelets en or. Et aussi chaque souvenir de ressenti devant des pièces de défilé ou de showroom, achetées pour les retailers.
Son compte Instagram : https://www.instagram.com/lauravidrequin/
Son article "Le bon style" rédigé en 2024 : https://fr-ca.tendances-de-mode.com/2024/05/13/4706-laura-vidrequin-le-bon-style-2
Par Lise Huret, le 03 février 2026
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Sais-tu quel est ce Brocco où elle trouve ses Levis vintage ? Je ne trouve rien sur internet.